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Le Soir le 05-09-1998
Le Forem sur la scène et dans la salle
Entre le 29 mai et le 15 juin, 3.000 travailleurs du Forem (Office communautaire et régional pour l'emploi et la formation) ont quitté tour à tour leur bureau. Grève perlée? Non, ils s'en allaient au théâtre. Voir le spectacle qu'«à Hermès» avait mitonné à leur intention.
Les objectifs: présenter les «Chartes» et stimuler les candidatures pour animer ces Chartes. Celles-ci, destinées à évoluer, reprennent les principes de base d'un bon service public à l'égard de ses deux types de «clients»: les demandeurs d'emploi et les employeurs. Mais comment impliquer les 500 travailleurs de l'administration centrale et les 2.500 travailleurs des douze Forem locaux dans cette marche vers une amélioration de la qualité des services? Le Forem a eu la bonne idée de recourir au théâtre d'entreprise, et à «à Hermès».
TROIS COMEDIENS, QUINZE ROLES
Dans une mise en scène de Nathalie Delhaye, Véronica Libbrecht, Kevin Van Nuffel et Gauthier de Pierpont interprétaient à eux seuls une quinzaine de personnages. Les trois saynètes caricaturaient les relations difficiles entre services du Forem, au sein d'un même service, avec les demandeurs d'emploi ou les entreprises. Et les problèmes de communication entre l'«AC» - l'administration centrale - et la «base».
La première scène, explique Xavier Van Dieren («à Hermès»), a pour but de dire: on se détend, mais vous participez. Les gens n'ont pas demandé à venir. Ils sont inquiets de ce que «ça» cache. Alors, on entre directement dans le concret avec des scènes un peu choc pour bien montrer qu'on est là pour parler, et pour parler différemment. N'empêche, le climat est parfois tendu. Xavier Van Dieren reconnaît qu'avec le Forem, c'est l'un des scénarios les plus forts que nous ayons conçus. A Welkenraedt, les spectateurs étaient plutôt calmes. Tandis qu'à Liège ou Charleroi, je ressentais une forte pression, avant même de commencer. Ils sont confrontés avec la misère sociale au quotidien... Heureusement, le public a toujours du respect pour les comédiens, ils ne sont jamais agressés. C'est l'animateur qui prend tout après...
CRIANT DE VERITE
Francis Declercq, responsable du projet «Chartes» et directeur adjoint du Forem Brabant wallon: Le but était que les gens s'expriment, et ils l'ont fait. Certains se sont sentis agressés par une scène et ont réagi au premier degré. D'autres, au second degré, ce qui est déjà mieux. D'autres enfin se sont dit qu'ils devaient changer. Le message à faire passer est: «vous faites du mieux que vous pouvez, mais vous ne vous rendez pas compte de la multitude de petits détails qui font que vous êtes mal perçus à l'extérieur. C'est cela qu'il faut changer»...
Antoine, conseiller-emploi au Forem, avait apprécié le spectacle, criant de vérité. J'ai été surpris par leur audace. Maintenant, «ils» (l'AC) ne pourront plus dire qu'ils ne sont pas au courant de nos difficultés... Mais vont-ils vraiment faire quelque chose pour que ça change?
Liliane, une instructrice, trouve l'idée du théâtre comme outil de formation vraiment bien, originale. Il fallait oser. Mais il ne faut tout de même pas prendre les gens pour des imbéciles! Depuis le temps qu'ils nous bassinent avec leur «approche clients»... Si les moyens ne changent pas... C'est du vent.
Bruno Mathon - France.

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