L'Echo le 20-03-2003
Gauthier de Pierpont...
Gauthier de. Pierpont mise sur l'ego,
l'enthousiasme la liberté, l'inconscience
Gauthier de Pierpont s'est associé avec Xavier van Dieren (lire ci-contre) pour foncier "à Hermès",. une entreprise qui propose du théâtre d'entreprise, rien moins. Après des débuts difficiles, le concept a bien démarré et trouvé sa niche sur le marché. "à Hermès" occupe huit équivalents temps plein et recourt régulièrement aux services d'une trentaine de comédiens.
L'esprit d'entreprise est-il une vocation, d'après vous ?
Dans mon cas, il est nourri par la passion. Mais je ne me suis jamais dit que j'allais devenir chef d'entreprise ou patron. Par contre, c'est vrai que j'ai toujours été investi dans mille et un projets. Il y a donc un esprit général, qui est d'accueillir ce que la vie me propose comme aventures ou comme projets et puis d'y investir avec cœur et passion. C'est quelque chose qui tient aux tripes, un esprit dl ouverture et d'envie. Selon moi, c'est encore une deuxième étape de se dire qu'on veut devenir patron et créer son entreprise. Une étape qui demande d'autant plus de passion et de vocation, parce que cela vous prend tout votre temps. "Quand on aime, on ne compte pas", dit-on. Et à toute heure de la journée, on pense à son entreprise.
Au moment de franchir la deuxième étape - la création d'entreprise -, y a-t-il moyen d'obtenir de l'aide ?
L'aide qu'on a reçue se résumait à des hasards. On ne s'est jamais dit qu'on allait concrètement chercher de l'aide, niais on a bénéficié de rencontres. On s'est dit : "Tiens, il y a là quelque chose qui pourrait nous permettre d'aller de l'avant… "Il y a beaucoup d'endroits où l'on peut avoir de l'aide, niais ils ne sont pas toujours visibles ou on ne le sait pas toujours… À cet égard, la vie a toujours été bien faite, ou c'est peut-être nous qui avons toujours été en recherche de contacts, ce grâce à quoi les contacts se sont faits… Et un contact en entraîne d'autres/
Un tuyau pour les candidats entrepreneurs, ce serait de multiplier les contacts ?
Oui. Dans le même ordre d'idées chez nous, quand quelqu'un frappe à la porte pour voir s'il y a moyen de travailler ou présenter un projet, on prend toujours le temps de l'écouter. De ces rencontres sont nées des collaborations fidèles, avec des gens qui ont fait, ce que notre business est devenu aujourd'hui. Si on ne leur avait pas donné cette demi-heure au début en leur demandant ce qu'ils proposaient, je pense qu'on ne serait pas là où l'on est aujourd'hui. Le relationnel permet d'avoir des points de vue différents, de remettre en question ses attitudes, ses habitudes, ses choix, ce qui permet d'affiner sa démarche et le développement de son entreprise.
Pourriez-vous tracer un profil type de l'entrepreneur ?
Chez tous ceux que j'ai vus, il y a en tout cas cette notion d'investissement personnel, ainsi qu'une forme d'indépendance à tout prix. C'est-à-dire ne devoir rendre de comptes à personne, pouvoir mener son business comme on l'entend, avec ses envies et ses passions. Une forme d'enthousiasme, niais aussi de volonté de ne pas rentrer dans une structure, mais d'avoir une certaine liberté. Je pense qu'il y a aussi malgré tout une bonne part d'ego citez l'entrepreneur. Cela demande du culot et de l'ego de développer son business et d'investir dedans, de baser là-dessus son projet de vie. Si je devais répondre en quatre mots, je dirais : enthousiasme, ego, liberté et confiance.
Et avoir des capitaux à disposition, est-ce un prérequis ?
Cela dépend du métier qu'on lance. Nous, nous sommes partis de zéro - nous étions même endettés. Au départ, la société faisait de la représentation théâtrale "classique", ce qui n'a pas marché… Puis on a décroché un gros contrat chez Belgacom et on a dû trouver une garantie parce que, sans cela, la banque ne voulait pas nous accorder le prêt nécessaire pour lancer le premier projet. Notre seul apport financier a donc a été fait par la personne qui s'est portée garante. Mais nous opérons dans un métier où il n'y a pas de machine, pas d'investissement matériel, où tout ce qu'il nous fallait au départ, c'était un bureau, un fax et un ordinateur. Pour le reste, on travaille avec des comédiens, des scénaristes, bref, de l'humain. Nous n'avons jamais dû recourir à de gros investissements. Parce que le type de business le permettait.
Aimez-vous le risque ?
Oui, c'est source de vie pour moi. Je suis par ailleurs motard, parapentiste et, une journée par semaine, je développe un métier d'élagueur-grimpeur. Chaque semaine, je mets ma vie deux fois plus en danger que la moyenne des personnes de ce monde. Mais le risque est un jeu, en fait, et dans le jeu on peut gagner, perdre, avoir des hauts et. des bas… Donc, oui, ça fait partie d'un challenge à relever; ça a quelque chose de grisant, c'est certain.
Vous êtes joueur…
Oui. Mais dans le bon sens du terme, c'est-à-dire que j'ai envie de jouer avec ce que la vie me propose. Si j'ai une opportunité qui s'offre ou une porte qui s'ouvre, je suis curieux d'aller voir et d'essayer, de faire en sorte que ça marche, quitte à me dire: "ce n'était pas le bon choix", mais au moins j'aurai été le vérifier… L'expérience ne me tente, et c'est à travers l'expérience qu'on peut se définir, qu'on petit savoir ce qui nous tient à cœur, ce qui nous motive, ce qui nous porte, en fait, ce qui donne soit sens à la vie. Quand la vie nous propose des aventures, allons voir; le pire qui puisse arriver, c'est que ça ne marche pas. Mais attention je suis joueur tant que cela n'engage que moi. Aujourd'hui, je serai moins joueur avec mon entreprise parce qu'il y a des gens qui tournent derrière, des équipes et une volonté que cela se développe par rapport au tissu social qu'on a mis en place. Mais sinon, par rapport à la -vie en général, oui, je suis joueur, j'aime bien goûter à ce que la vie propose, avec ses excès, ses joies, ses tristesses, ses paris débiles, ses gageures. Quand on a commencé, si on n'avait pas eu cet esprit-la, je crois qu'on se serait vite arrêté. Parce que proposer du théâtre d'entreprise, c'était hors normes, ce n'était pas réaliste. Au début, on nous prenait pour des fous… Et une fois que le premier contrat a été signé, il fallait être joueur pour dire au client qu'on monterait en un mois de temps un spectacle de 45 minutes en français et néerlandais, sur un texte original écrit pour lui, sur sa thématique. Or c'est là que tout a démarré.
Je voudrais d'ailleurs ajouter au profil de l'entrepreneur le mot "inconscient" : il faut un minimum d'inconscience, parce que si l'on était vraiment réaliste et pragmatique, on n'attrait jamais fait tout ce qu'on a fait. Il y a donc un minimum d'inconscience voire même de saine folie. Sinon, on reste chez soi et on devient employé.
PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL LAUWERS
Bruno Mathon - France.
